Controle qualite# C’est quoi le QC en imagerie ?#

Le QC (Quality Control), c’est l’ensemble des vérifications systématiques qui garantissent que :

  • l’image acquise représente fidèlement l’échantillon,

  • les artefacts sont maîtrisés (ou documentés),

  • les étapes d’analyse (prétraitements, segmentation, tracking, ML) produisent des résultats fiables et reproductibles.

L’idée : détecter tôt un problème (microscope, acquisition, données, algorithmes) pour corriger ou stopper avant de tirer des conclusions biologiques fausses.

Les 6 niveaux de QC en imagerie#

  1. QC matériel / plateforme

Vérifie que le système optique et la chaîne de détection fonctionnent dans les spécifications.

Exemples : PSF, résolution, uniformité d’illumination, registration inter-canaux, stabilité mécanique (drift), calibration d’échelle (µm/pixel), linéarité du capteur.

  1. QC à l’acquisition

Ce que tu règles au moment de la prise d’image pour éviter l’irrécupérable.

Exemples : exposition (éviter la saturation), focus, échantillonnage conforme à Nyquist, z-step cohérent, durée d’acquisition vs photoblanchiment.

  1. QC des données (fichiers)

Intégrité et métadonnées complètes.

Exemples : format OME-TIFF/NGFF, tailles cohérentes (X/Y/Z/C/T), pixel size présent, horodatages, LUTs standards, contrôle d’orientation/axes.

  1. QC des prétraitements

Tu corriges ce qui est systématique mais réversible.

Exemples : flat-field / shading (illumination inhomogène), soustraction du fond, dénoyautage (sans baver sur les bords), déconvolution (PSF mesurée/théorique), registration multi-canaux.

  1. QC de la segmentation / features

Vérifie que les objets détectés correspondent à la réalité biologique et aux annotations.

Exemples : métriques pixel (IoU/Dice), objet (F1 objets, erreurs de comptage), distributions de taille/forme plausibles, erreurs typiques (sous-segmentation, sur-segmentation, fusion, trous).

  1. QC du tracking / modèles ML

Vérifie la cohérence temporelle (trajectoires, identités) et la validité des modèles (pas de fuites de données, calibration).

Exemples : tracking (ID switches, longévité des pistes), ML (split train/val/test, AUC/F1, calibration (ECE), généralisation sur lots/jours différents).

Mesures clés et repères pratiques#

Repères = ordres de grandeur usuels, à adapter par modalité (widefield, confocal, spinning, light-sheet) et objectif/NA.

  1. Matériel

  • PSF / Résolution : largeur latérale proche des valeurs attendues ; z plus large que xy (normal).

  • Uniformité d’illumination : coefficient de variation (CV) du fond < 10–15% (après correction, résiduel < ~2–5%).

  • Registration inter-canaux : < 0,5 pixel de décalage (perles multicanaux).

  • Drift : < 1 pixel/min (ou corrigé numériquement si constant).

  • Calibration : µm/pixel cohérent avec objectif + taille pixel caméra.

  1. Acquisition

  • Saturation : viser < 1% de pixels saturés ; dynamique explorée sans écrêtage.

  • SNR : suffisant pour que le segmenteur sépare fond/objet (à estimer avec une mesure simple type Tenengrad/variance locale).

  • Nyquist : échantillonner à ≥ 2–3 pixels par plus petit détail (xy) ; z-step ≈ 0,5–1× résolution axiale.

  • Photoblanchiment : pente d’intensité vs temps faible et stable.

  1. Données

  • OME/REMBI : métadonnées présentes (échelles X/Y/Z, temps, canaux, intensités).

  • Intégrité : hash/empreinte si gros volumes, absence de corruption/axes inversés.

  1. Prétraitements

  • Flat-field : vignettage corrigé (profil plat ± quelques %).

  • Denoising : sans élargir les objets ; contrôle par profils de bords.

  • Déconvolution : amélioration du contraste sans halos/artéfacts ; PSF documentée.

  • Registration : décalage résiduel < 0,5 pixel si colocalisation.

  1. Segmentation / Features

  • Pixel : Dice/IoU élevés (p.ex. Dice ≥ 0,8 sur un échantillon annoté).

  • Objet : F1 objet élevé ; erreurs de fusion/scission documentées.

  • Features : distributions (aire, circularité) plausibles et stables par lot.

  1. Tracking / ML

  • Tracking : peu d’ID switches, pistes longues et continues ; métriques type DET/TRA en vert sur un sous-ensemble.

  • ML : séparation claire train/val/test, aucune fuite ; métriques (F1/PR-AUC) stables en validation croisée ; calibration correcte (ECE bas).

Artefacts courants & remèdes rapides#

  • Vignettage / gradients → flat-field (BaSiC/CIDRE), illumination Köhler.

  • Bruit / grain → débruitage modéré (NL-means/Wavelets), binning au besoin.

  • Saturation / bande dynamique → ajuster gain/expo ; HDR si nécessaire.

  • Aberrations chromatiques → registration par perles multicanaux.

  • Drift / jitter → correction post-hoc (phase correlation), stabilisation mécanique.

  • Rolling-shutter / banding → paramètres caméra, temps d’expo plus long, correction logicielle.

  • Z-step erroné → recalibrer l’axe z ; vérifier le fichier de commande.

Documentation & traçabilité (FAIR)#

  • Métadonnées : microscope, objectif/NA, taille pixel, lasers/longueurs d’onde, filtres, temps d’expo, gain, dates, opérateur, échantillon, conditions.

  • Versions : logiciels/plug-ins, paramètres de prétraitement, scripts.

  • Contrôles : images de perles, lames de test, rapports QC (PDF/HTML).

  • Données : formats ouverts (OME-TIFF / OME-NGFF), organisation claire (Plate/Well/Field/Time).

Routine QC (planning réaliste)#

  • À chaque acquisition : check rapide (saturation, focus, drift, uniformité visible), note d’expo/gain, mini-rapport.

  • Hebdo : PSF, uniformité, registration multicanaux (perles), rapport standardisé.

  • Projet : QC de prétraitement + échantillons annotés pour valider segmentation/tracking, critères GO/NO-GO.

  • Publication : annexe QC (métadonnées, PSF, uniformité, exemples d’artefacts + corrections, métriques de seg/tracking/ML sur vérité terrain).

Règles “GO/NO-GO” (exemples)#

  • Saturation massive, métadonnées manquantes, z-step faux → NO-GO (reprise acquisition).

  • Uniformité dégradée mais corrigeable, faible drift, bruit modéré → GO avec correction documentée.

  • Segmentation instable (Dice < 0,7), tracking avec nombreux ID switches → stop analyse, revoir prétraitement/modèle/paramètres ; constituer un set d’annotations plus solide.

Ce que produit un bon QC (livrables)#

  • Rapport QC (HTML/PDF) : PSF, uniformité, saturation, drift, exemples avant/après correction, métriques de seg/tracking/ML.

  • Jeu d’images de référence (perles, lames tests) + paramètres d’acquisition.

  • Échantillons annotés (vérité terrain) pour valider segmentation/tracking.

  • Scripts/Notebooks versionnés + fichiers YAML des paramètres.

Type d’image

Contrôles qualité spécifiques

Exemples de protocoles QC

Microscopie (optiques)

Vérif. PSF, uniformité d’illumination, calibration, drift, artefacts optiques, SNR, contrôle saturation, flat-field, métadonnées complètes

Images de billes (PSF), contrôle régulier de l’uniformité avec lames fluorescentes, vérification focus manuel/auto, script FIJI pour détecter la saturation, calcul du SNR sur fond/cellules

Microscopie électronique (MEB/MET)

Résolution nanométrique, étalonnage échelle, contrôle bruit/fond, vérif. d’artefacts de préparation (cryo, coloration), intégrité des champs

Images d’étalons nanométriques, vérification du contraste, annotation de la morphologie des objets, contrôle absence de zones brûlées/ombres

IRM/IRMf

Contrôle distorsion géométrique, uniformité du champ magnétique, bruit thermique, calibrations spatiales, absence d’artefacts de mouvement, SNR, intégrité DICOM

Fantômes de calibration (géométrie/homogénéité), rapport d’absence d’artefacts de mouvement (qualité patient/acquisition), vérification DICOM/métadonnées

TEP/TEP-CT

Correct. du bruit de fond, cohérence temporelle, co-registration avec CT, uniformité détecteurs, contrôle de radioactivité, calibrations 3D

Suivi de la co-registration sur images fusionnées, vérif. d’uniformité sur la série, calibration radioactivité vs référents, script d’analyse du bruit de fond par coupe

Scanner CT/X

Uniformité densité Hounsfield, calibrat. spatiale, contrôles de bruit, artefacts (métal, mouvement), résolution, intégrité DICOM

Échographie

Vérification résolution axiale/latérale, calibrat. échelle, contrôle artefacts (ombres, bruit speckle), intégrité temporelle, SNR

Histologie numérisée

Uniformité scan, calibrat. couleur, fidélité spatiale, contrôle tilt/rotation, intégrité fichiers, métadonnées (objectif, tranche, teinture)

Analyse comparée de la colorimétrie sur différents scanners, script d’alignement/rotation, contrôle manuel sur région témoin

Cytométrie / High-content screening

Vérif. uniformité champs, calibrat. intensité/canal, SNR, absence de saturation, intégrité des fichiers, vérif. segmentation/annotation automatique

QC automatique : histogrammes d’intensité, taux d’objets détectés/ratés, contrôle d’intégrité des fichiers batch issus du système

Pour chaque modalité, les bonnes pratiques regroupent :#

  • Contrôle physique/métrologique régulier (soit via étalon, soit via phantom, soit via objet de référence)

  • Validation de l’intégrité des fichiers et des métadonnées

  • Test d’artefacts et vérification de la reproductibilité par lots/plateformes.

La mise en place de workflows QC automatisés (via scripts Python, FIJI, plugins spécialisés) est répandue pour garantir la robustesse de l’analyse bio-informatique.